Fear Street: 1666

Fear Street: 1666 ★★½

Peut-être le moins réussi des trois, mais au moins il y a une heure sans nostalgie et Britta a un plus gros rôle, alors c'est plus regardable que le premier. Leigh Janiak est vraiment perdue dans la première partie quand son filtre Instagram marche plus pour filmer 1666. Elle copie largement The Village (la musique est calquée en esti, fallait une référence j'imagine), mais j'ai eu l'impression que comme elle n'avait rien à pasticher, sa mise en scène devenait plus tout croche que jamais (surtout dans le premier 30 min.) En plus elle demande à ses acteurs et actrices de jouer avec un accent quelconque (irlandais sûrement), mais ouf, il y a des moments particulièrement mal joués tant les acteurs s'enfargent dans leur langue (le reste de la série est pourtant assez bien joué). Il y a aussi tout un problème de ton: les autres parties assument le ridicule et l'excès juvéniles propre à l'écriture de R.L. Stine, mais là ça clashe en maudit avec le sérieux qu'elle veut donner à cette partie. Aussi je pense pas qu'elle est capable de faire la différence entre 1666, 1978 ou 1994; tout est du pareil au même, les décors sont indifférents, les personnages agissent de la même façon, etc. Une chance qu'il y a la musique.

Pis après on revient en 1994 et tu le sais vite parce qu'on se met à parler de Konami Code et il y a un autre needle drop pas rapport d'Offspring. C'est correct, cela dit, ça m'a moins dérangé que pour 1994, et les révélations donnent une direction pas pire à l'ensemble, mais en même temps tout est là pour servir un discours, ce qui n'est jamais génial en horreur, surtout quand il est gros de même.

Le problème, avec les films d'horreur trop préoccupés par leur discours, c'est qu'ils sont incapables de mettre en scène la peur, ça devient secondaire par rapport au propos. Et pour moi c'est ça la différence fondamentale avec The Witch (vu que la comparaison a été faite): le film d'Eggers est pensé du point de vue du christianisme, et l'association de la sorcellerie au satanisme illustre ce point de vue. Alors c'est capable de mettre en scène la peur parce que c'est tout le propos, à quel point on avait peur de toute forme d'émancipation de la femme. La fin est géniale pour ça, parce que ça montre à la fois ce que le christianisme voit et ce qu'il ne peut pas voir, le satanisme et ce à quoi il renvoie réellement (une liberté, une rébellion, une révolte contre l'ordre des choses, le cinéma tient du diable après tout). Et c'est ça le cinéma d'horreur, à son meilleur, trouver des formes et des images pour mettre en scène nos peurs (contemporaines, anciennes, peu importe). Mais ça c'est un travail de mise en scène, et dans les films d'horreur à discours, tout est dans le concept, le scénario, et le reste importe peu. Je ne vais rien retenir des Fear Street (j'avais besoin des preview même si j'ai vu les autres il y a pas si longtemps) parce qu'il n'y a rien qui s'adresse ou qui concerne la peur; je me rappelle de la fin de The Witch, pas parce que j'ai peur des femmes, mais parce que c'est adroit en maudit pour mettre en scène cette peur, parce qu'Eggers sait créer des images, et que les images qui font peur ce sont toujours celles qui s'incrustent le plus profondément en nous (qui n'est pas devenu cinéphile parce qu'il a vu trop jeune une image pas pour lui qui l'a traumatisé jusqu'à ce jour?)

Et c'est ça le truc avec une affaire comme Fear Street (qui est très proche du dernier Candyman à ce niveau): ça va jamais faire peur (je veux dire, réellement peur, pas juste "j'ai peur que le personnage meurt"), ni confronter personne. Ça vient juste nous réconforter dans notre posture libérale, pis les autres vont sentir le discours et ils vont se désintéresser vite en maudit. Je suis pas certain, mais je suis prêt à parier que pendant longtemps, même les productions d'horreur les plus minables savaient jouer sur la peur, parce qu'au moins ils se posent la question "qu'est-ce qui fait peur". Ça fait pas si longtemps qu'on a décidé que le cinéma d'horreur pouvait "dire" quelque chose. Mais comme, c'est dans le nom du genre, c'est pas supposé rien dire, c'est un cinéma d'affect, du ressenti. Faudrait essayer de s'en rappeler, pareil.

Bref, c'est fascinant comme série, mais comme pour Marvel, c'est parce que ça offre un miroir sans pareil sur un certain pan du cinéma contemporain. Si le cinéma hollywoodien savait pas être aussi réflexif, il ne resterait plus grand-chose pour s'amuser (et encore, c'est un plaisir d'universitaire).

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